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C'est l'histoire de cette femme, seule dans un appartement parisien. Elle souffre de tocs qui l'empêchent de vivre, de sortir.. il faut qu'elle vérifie en permanence que tous les robinets soient bien fermés pour être apaisée mais cela ne suffit plus. Alors ce soir-là elle appelle un psychiatre qu'elle a entendu à la radio : le docteur Rossi. C'est la fin de la journée et il ne veut pas lui parler, il préfère lui proposer un rendez-vous mais elle doit absolument lui parler, elle en a un besoin impérieux. Mais voilà, elle est franco-libanaise et lui franco-israélien et normalement la loi leur interdit de se voir encore plus de se parler.


Cette nuit, le dialogue va se nouer entre cet homme et cette femme qui ne devraient même pas penser à se parler. C'est une langue si belle, si emportée, si poétique ! Avec toute la douceur du monde, Yasmine Khlat nous emmène dans l'intimité de cette conversation téléphonique, le temps d'une soirée, d'une nuit... Il y a un peu de Duras parfois dans cette façon d'évoquer des souvenirs heureux comme douloureux dans le désordre. Des souvenirs qui viennent en même temps que la mémoire les fait revenir. Une écriture posée et réfléchie pour ce livre incroyable et nécessaire aujourd'hui, je vous laisse découvrir deux extraits plus bas avec les paroles de chaque personnage.


Yasmine Khlat est franco-libanaise. Née en 1959 à Ismailia en Egypte, elle a entamé au Liban une carrière dans le cinéma en tant que comédienne et réalisatrice. Elle vit à Paris depuis 1986 et se consacre à l'écriture.


"J'ai peur de l'autre, vous comprenez. Seule votre voix me ramène aux clairières innocentes de l'enfance, à l'odeur cendrée de la terre sur laquelle il faisait bon courir pieds-nus, à la mousse des rochers, au sel déferlant de l'écume. Aux cris de joie des petits guerriers que nous étions, construisant une cabane où nous nous retrouvions divisés en deux bandes parfois antagonistes. Moi, j'amenais des trésors, des bouts de bois à l'odeur de résine, des tasses ébréchées dont ma mère ne voulait plus, vous comprenez, nous construisions notre palais d'enfance où nous déposions nos somptueuses tristesse." - Irène


"Vérifiez que votre porte est bien fermée, ça vous rassurera, puis allez vous étendre. Nous allons causer encore un peu, le temps que vous vous apaisiez. Ensuite, vous prendrez un livre et oublierez vos peurs. Pensez à l'humanité, aux catastrophes ici et là, à votre position finalement privilégiée. Pensez aux gens qui errent dans les rues, qui n'ont pas de toit. A ceux qui ont faim. A ceux qui ont froid. Dites-vous que vous êtes dans un cocon." - Docteur Rossi





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A la mort de sa mère à 61 ans dans l’incendie de son appartement, la narratrice part à la recherche de cette femme qu’elle a finalement peu connue. En prenant le recul nécessaire malgré une impossible objectivité, il s’agit là d’une véritable enquête portée par une écriture douce et poétique. Un premier roman qui se dévore et ne se lâche pas. Que l’on soit touché personnellement ou non par cette histoire, il faut reconnaître à Paula Vézac un talent certain pour la narration d’événements douloureux. Ces sentiments complexes et difficiles à exprimer ressortent par un récit porté aux nues avec brio.

Un livre nécessaire et beau comme on en voit peu, il faut lire cet amour maternel inhabituel et impossible de cette mère toxicomane et absente, ne serait-ce que pour aller embrasser la sienne et mettre de côté les rancœurs parfois trop vieilles. Paula Vézac parvient à réveiller tout ça chez son lecteur et ce n’est pas souvent que l’on voit ça !


« J’aurais voulu raconter le reste des deux journées passées chez elle. Parler du filet à cheveux qui m’avait fait penser à une grosse méduse, et qui m’avait rappelé le qualificatif dont je l’affublais méchamment en silence quand, plus jeune, je l’observais à la dérobée. Parler de sa confidence selon laquelle son père aurait abusé d’elle quand elle avait une dizaine d’années ; cela m’avait stupéfiée mais elle n’avait rien dit de plus. Parler de mon trajet de retour en train durant lequel j’avais eu envie d’écraser le doudou d’une enfant qui jouait dans le couloir du compartiment, tant son innocence et sa légèreté me rendaient mauvaise, envieuse, jalouse.

J’aurais voulu, j’ai essayé, mais je n’ai pas réussi. Parce qu’au cours de ma visite j’avais fait d’elle une photo que j’ai retrouvée sur un disque dur, et qui me laissait le cœur à vif. Sur l’image, elle n’avait rien de la petite vieille que j’avais vue, ou que j’avais boulu voir, sur le quai de la gare. Toute coquette dans son chemisier blanc, elle avait un tel bonheur dans les yeux, un tel bonheur d’être avec moi, que regarder le cliché me faisait pleurer, gémir, suffoquer de chagrin et de douleur, tant et tant que l’air venait à me manquer. Cette photographie, que j’avais dû juger réussie pour l’avoir conservée, révélait tout l’arbitraire et la partialité de ma mémoire, et se muait en une insoutenable accusation. » - p.128


Terre brûlée, Paula Vézac, est publié aux éditions du Rouergue. 18.80 euros.


Paula Vézac sera présente à la librairie pour une rencontre dédicace suivie d'un apéritif le jeudi 5 mars à 18h30 !

Entrée libre et gratuite.





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" À l'heure de dormir,

quand la nuit arrive à tâtons,

Gaspard a des frissons.

Maman gomme les petits peurs du soir

en racontant des histoires... "












Dans cet album, la peur qu'inspire le noir disparaît avec les illustrations aux couleurs chaudes où ce dernier n’apparaît pas. Un récit poétique qui raconte la nuit comme un véritable moment de tranquillité et de bonheur. Pas de raisons d'avoir peur, "le bruit, c'est juste le vent qui chante dans les arbres et les haies." Une belle histoire à partager avant de s'endormir le soir. A partir de 3 ans.



Quand la nuit arrive à tâtons, Elisabeth Coudol et Mariona Cabassa, est publié aux éditions L'élan vert. 13,50 euros.







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