Jeanne Truong

  • « Il aurait fallu rester jusqu'à la fin. Il aurait fallu mourir. Avoir quitté les lieux avant les autres, c'est être coupé de l'Histoire. Je suis entré dans le noir qu'on appelle la survie. Je n'ai pas vu de mes yeux jusqu'au bout, je n'ai pas payé de ma vie comme les autres. Cependant, si l'enfance détermine tout, alors je suis un enfant des camps. » 1978. Narang a six ans. Il fuit le Cambodge avec sa mère. Comme une foule d'autres rescapés, tous deux tentent de rejoindre la Thaïlande. Épuisés par des jours de marche, harassés par la faim et la soif, ils sont parqués dans un camp à leur arrivée. Cela aurait pu être la fin de leur tragédie. Mais ça ne sera que le début d'une autre. Fulgurante, celle-ci.
    Jeanne Truong restitue avec force et pudeur l'horreur du cauchemar cambodgien. Elle revient sur un épisode méconnu de cette période sanglante. Le récit de Narang, habité par les obsessions qui hantent les survivants, est saisissant de vérité et d'humanité.

  • J'erre comme un vampire cherchant ma nourriture dans la foule. Où trouver une chaleur à disposition, une chaleur de supermarché dont on peut profiter librement, sans avoir à communiquer, à séduire, à quémander, si ce n'est dans cette masse chaude qui ne soupçonne pas ses propres ressources, ignorante de la température qu'elle produit ? Ce geste anodin de laisser tomber son bras contre celui d'un autre. Je me recharge de la présence des chairs, absorbe à satiété, bois leur émanation sans laquelle je tomberais comme les ailes d'un papillon desséché sur un mur.

  • La nuit promenee

    Jeanne Truong

    Les arbres qu'elle a aimés ne sont plus là.
    D'autres ont poussé. Elle ne reconnaît pas les rues dans lesquelles elle marche. Les églises et les statues ne sont pas des repères fiables. Leurs courbes disparaissent derrière les nouveaux monuments. Seule la bibliothèque est restée la même. Sur les bords d'une page, elle reconnaît la corne d'un lecteur. Elle pensait ne rien trouver en entrant et suivre les rayonnages familiers des livres, courant tristement d'une lettre à l'autre de l'alphabet.
    Voilà qu'elle a du mal à respirer, tremblant devant cette marque primitive comme le premier des hommes devant les pas d'un autre sur la terre humide.

  • Parce que les images de l'éléphant blanc, animal sacré en Asie, sont tellement belles, Pheng dérobe le livre que sa cousine Rattana doit rendre à sa maîtresse le lendemain matin. Comment va-t-il faire pour réparer sa faute à temps...

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