Gallimard

  • Une trentaine de textes brefs qui déclinent ces petits riens de la vie quotidienne, véritables moments de bonheur indicibles. De la cueillette des mûres, au plaisir sans complexe de savourer un banana-split, en passant par la magie colorée des kaléidoscopes ou l'épluchage subtil des petits pois.

  • «C'est que vivre a quelque chose de terriblement élémentaire. Chaque matin l'âme se réveille toute nue, et le travail, la douleur, les gens, l'absence sont debout, bras croisés, à l'attendre avec un dur regard d'exterminateur. Mais chaque soir, quand la fatigue ne l'a pas anesthésié, Thierry Metz note la part respirable des heures qu'il a traversées.
    Ce que nous pouvions prendre pour un univers de médiocrité banale se trouve être une merveille. Elle ne nous retient pas par la manche comme font les vendeurs forains. Elle parle à mi-voix et l'entende qui veut. Elle dit : Qui que tu sois, tes instants ne contiennent rien d'autre, mais ils sont des miracles.» Jean Grosjean.

  • Marseille, juillet 2054. Dans une ville rongée par la guerre civile, de nombreux migrants cherchent à fuir le pays par tous les moyens. Parmi eux, Sohan, un combattant à bout de forces, s'apprête à embarquer clandestinement sur un cargo direction le Maroc. Pour y parvenir, il doit traverser la cité phocéenne de nuit, arme au poing, une dernière fois. Mais un sombre événement vient remettre en cause son départ : la femme qu'il aime, Layla, se retrouve au coeur d'une prise d'otages.
    À l'autre bout de la ville, Stella est enfermée dans un camp d'internement bâti sur les plages. Lorsqu'elle apprend à son tour que Layla est en danger, elle s'évade et tente de rejoindre celle qui a tant compté pour elle.
    Dans un tourbillon nocturne où la température avoisine les cinquante degrés, où chaque ombre est une cible, les trois destins vont se croiser, se fondre, et en être à jamais bouleversés.

  • « Or, rêveur, Arthur Storvean l'était. Et son rêve haussait les voiles et les coeurs. Dernier conteur de la lande, il emportait tout et tous sur le dos d'un idéal façonné à coups de projets conçus au vent, dans l'éclat d'une vague ou l'ambre d'un Islay, usant sa voix de pasteur sur les rubis du crépuscule quand les fous eux-mêmes parcouraient de leur aile noircie l'immensité de ses songes pélagiques. » Le chaos des roches, l'inquiétante rumeur de la mer, les sortilèges ombreux des forêts de Bretagne constituent la toile de fond de ce récit haletant qui interroge le poids du passé, la valeur de nos choix et l'effet du silence sur nos vies.

  • Quand le notaire Ippolito dalla Libera comprend que ses jours sont comptés, il appelle au chevet du grand lit où il vit depuis des années, son fils unique, Iacopo, et lui révèle le secret de sa vie.
    Ainsi commence le voyage qui conduira Iacopo dans un quartier pauvre de Ferrare. Sur les traces jusqu'alors insoupçonnées de la vie de son père, Iacopo s'aventure dans un monde d'émotions et de découvertes qui bouleverseront à jamais son existence tranquille et confortable de notaire de province et de mari fidèle. Dans un univers perdu de voleurs et de putains, la beauté de Mila va l'enivrer de vie et de couleurs, et lui donner l'envie irrépressible de tout recommencer, ailleurs.
    Avec ce roman d'amour et de désordre où les surprises se succèdent et s'imbriquent comme dans un kaléidoscope, Dario Franceschini s'inscrit dans la veine d'un «réalisme magique» où scintillent ensemble la fable et la vie, la profondeur et la légèreté, les accents de la vérité et ceux du merveilleux.

  • Frédéric et Alice n'auraient jamais dû se rencontrer. Le premier, issu d'une famille modeste, passe une enfance douloureuse dans les années 70, entre les barres d'immeubles de sa cité, les coups quotidiens de son père, et bientôt la drogue.
    La seconde ne rêve que de danse et fuit le conformisme de sa famille bourgeoise dijonnaise pour s'évader à Paris, dans la poursuite renouvelée d'une existence hors des sentiers battus.
    Mais, un soir de 1983, Alice croise Frédéric. Elle le sauve de sa pente dangereuse, tandis qu'il lui offre la possibilité d'un amour hors du commun. Ces corps insolubles, pendant un temps, vont se fondre ensemble. À travers ce roman, Garance Meillon explore les trajectoires incandescentes de deux personnages que tout sépare, chaque chapitre se faisant l'écho du précédent, et dresse le portrait d'un amour sur fond d'années 80, entre néons roses et blousons noirs.

  • Les touristes qui aujourd'hui visitent l'ancienne Rizerie de San Sabba - un faubourg de Trieste -, le seul camp d'extermination nazi sur le sol italien, où des Juifs et des antifascistes attendaient de passer au four crématoire local, d'être déportés ou massacrés à coups de masse, savent-ils que les murs de leurs cellules, où ils avaient gravé leurs noms et surtout ceux de leurs dénonciateurs, ont été entre temps volontairement blanchis à la chaux ? Un personnage étrange - il a réellement existé -, collectionneur d'armes et de matériels de guerre de toutes époques, aurait recopié ces inscriptions compromettantes sur des carnets opportunément disparus, juste avant de mourir au cours d'un incendie mal élucidé. Mais ce sont là choses anciennes, gênantes, à oublier, car la Justice a classé l'affaire...
    Claudio Magris rouvre le dossier. Luisa Brooks, fille d'un aviateur américain noir des troupes d'occupation et d'une Juive marquée par la tragédie de la Shoah, chargée de recenser et d'ordonnancer les stocks d'armes accumulés par le collectionneur pour en faire un Musée dédié à la Paix, dénoue peu à peu les fils de l'histoire, de son histoire, de l'Histoire, à travers un entrelacement de destinées mêlant sur plusieurs siècles Trieste, l'Europe centrale, l'Afrique, l'Amérique latine et les Caraïbes dans l'inexorable et perpétuel tourbillon de guerres, de persécutions, de haines raciales couvertes par les impératifs de la raison d'État et la complicité des puissants. Ce grand roman foisonnant d'événements et d'humanité met une fois de plus en lumière le devoir fondateur de notre culture, de notre héritage de valeurs, de sens et de sang : ne pas oublier.

  • En 1963, louis calaferte publie septentrion.

    Aussitôt interdit, ce livre est réédité en 1984. pour celui qui l'aborde, sa fulgurance est intacte.
    La mécanique des femmes, qu'il nous donne aujourd'hui, est comme la quintessence de septentrion.
    Il y est question, comme le dit précisément le titre, des manifestations sexuelles et érotiques spécifiquement féminines.
    Aucun écrivain n'aura jamais, comme dans ce texte, parlé de l'"impudeur " et de l'"obscénité " des femmes, avec une telle précision, un tel détachement, avec autant d'intense crudité.

    De cela, comme de dieu et de la mort, louis calaferte ne cesse de nous entretenir. il le fait d'un point de vue souverain, celui de l'écrivain maître absolu de son style.

  • Danube

    Claudio Magris

    Des sources en Forêt-Noire à son delta en mer Noire, Claudio Magris descend le fleuve. En touriste : il visite les paysages et les maisons, s'arrête, à Vienne, devant un simple escalier de bois. En érudit : il découvre les sites majeurs, les rites de la Mitteleuropa; il croise, semble-t-il, Kafka, Canetti, Lukács, Joseph Roth..., de passage, eux aussi. En homme : il s'émeut, s'émerveille, s'interroge. Sous la plume d'un grand écrivain, le voyage au gré du fleuve devient aussi une grande fresque des siècles passés.

    Traduit de l'italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau. Avec dix cartes.

  • Monk

    Laurent de Wilde

    Parmi les génies que compte la musique négro-américaine, Thelonious Sphere Monk est certainement le plus étrange, le plus singulier. Il se dresse dans le paysage du jazz comme un mégalithe énigmatique. L'homme et la musique sont ici clos sur eux-mêmes. Il faut, pour pénétrer cet univers si particulier, avoir la sensibilité de l'artiste et la rigueur de l'analyste. C'est ce qu'a réussi Laurent de Wilde. Seul un musicien doublé d'un écrivain pouvait, de la façon la plus vivante, nous décrire un univers de psychopathe protégé, tout autant qu'analyser tel thème, tel solo, telle conclusion paradoxale. En connaisseur du terrain, il nous fait visiter les lieux, dévoile des passages secrets et nous remet la clef, une fois qu'on est entré.

  • Le roman commence en 1888, quand Vincent Van Gogh s'installe à Arles au 30 rue de la Cavalerie puis dans la Maison Jaune. Une nouvelle page de son oeuvre s'ouvre avec la découverte de la lumière provençale. Vincent rêve d'une communauté d'artistes unissant leurs recherches dans la Maison Jaune. Gauguin vient le rejoindre en octobre 1888 et ils commencent à travailler ensemble. Mais les deux hommes s'entendent mal : l'exaltation permanente de Vincent exaspère Gauguin. Le 23 décembre 1888, à la suite d'une violente dispute, Van Gogh se tranche le lobe de l'oreille et va l'offrir à une prostituée. Le lendemain de sa crise, Van Gogh est admis à l'hôpital et soigné par le docteur Rey dont il peint le portrait.
    En mai 1889, Vincent entre de son plein gré dans l'asile d'aliénés que dirige le docteur Peyron à Saint-Rémy-de-Provence. Malgré son mauvais état de santé, le peintre est très productif.
    Theo encourage son frère à sortir de l'asile et à se rendre à Auvers-sur-Oise, où il pourra consulter le docteur Gachet. Il quitte l'asile en mai 1890. Van Gogh, qui commence à devenir connu, s'installe à Auvers. Il y passe les 70 derniers jours de sa vie, du 20 mai au 29 juillet 1890. Il a fait la connaissance de René et Gaston Secrétan, deux jeunes bourgeois férus de peinture, qui s'intéressent à ses tableaux. C'est au cours d'un banal accident de chasse que René Secrétan fait feu accidentellement sur Vincent. Afin de couvrir sa maladresse et protéger ses jeunes amis, le peintre prétend au docteur Gachet et aux gendarmes qu'il s'est blessé tout seul, accréditant la thèse du suicide.
    Ce récit reprend la thèse soutenue récemment par deux Américains selon laquelle le peintre ne se serait pas suicidé mais aurait été blessé par un jeune ami et se serait accusé pour lui éviter des déboires avec la justice. C'est donc un Van Gogh ressaisi par cette empathie extrême qui prend corps dans le texte et nous fait comprendre combien sa volonté de faire le bien autour de lui a participé de manière décisive à le précipiter dans des accès de folie. Un roman passionnant, captivant, qui fait redécouvrir le destin de ce grand génie de la peinture.

  • A l'heure où sa vie approche de son automne, Primo Bottardi décide de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de retrouver un ami qui lui avait posé quarante ans plus tôt une question à laquelle il n'avait pas su répondre. Son périple le ramène au bord du Pô, parmi les pêcheurs d'esturgeons, dans une atmosphère de brume et d'eau qui change la plaine en un mirage infini. La présence immémoriale du fleuve imprègne les faits et gestes des hommes. Elle nourrit leur vie, s'insinue dans leurs rêves et les saisit parfois de crainte ou d'effroi, jusqu'à la tragédie finale qui confère au récit les accents définitifs du mythe. On a pu parler à propos de ce roman de " réalisme magique". La lenteur du voyage, le pittoresque des personnages, la douceur des rencontres et le sortilège de maints épisodes contrastent avec la silencieuse et obscure pression du destin que l'on sent peser sourdement et qui révélera enfin son visage dans une scène inoubliable et foudroyante.

  • Microcosmes

    Claudio Magris

    Cette fois claudio magris nous promène du café san marco à l'église du sacré-coeur, à trieste, en passant par quelques endroits frontaliers, marginaux, secrets d'une europe à la mémoire vive et au passé brûlant.
    Il y évoque, y rencontre ou y écoute un portier de nuit, un pêcheur réfractaire, un savant universaliste, un pacifiste mythomane, des joueurs de cartes. - tout autant que médée, un ours invisible ou une petite fille qui fait du vélo. les témoins du temps sont des oubliés de l'histoire, dont la pauvre vie, contradictoire et fascinante, fait et juge l'histoire.
    Neuf noms de lieux constituent les titres des chapitres de ce livre qui n'est ni un journal de voyage, ni un fragment d'autobiographie, ni un essai historique, ni un roman à clefs, mais peut-être bien le récit d'un voyage initiatique, nimbé de la présence d'une aimée disparue, à travers des lieux, des cultures et des mythes chers à l'auteur et riches d'humanité.

    Microcosmes échappe à toute classification : l'érudition se donne comme description, l'analyse assume parfois le rôle du récit, les personnages réels acquièrent une stature épique de héros, et les mythes cadastrent les incertitudes du réel. magris, homme des confins, efface ici les frontières des genres, des langues, du temps, dans cette quête de soi qu'est tout voyage, "guérilla perdue d'avance contre l'oubli".

  • Instantanés

    Claudio Magris

    Claudio Magris a rassemblé dans Instantanés un bouquet de textes brefs qui lui ont été inspirés par une chose vue, un événement de la vie quotidienne ou un fait d'actualité relevé dans la presse. La plupart de ces micro-récits se déroulent en Italie, plus particulièrement à Trieste et dans ses environs, mais il en est qui nous transportent sous d'autres latitudes, de la Scandinavie à l'Inde, de Moscou à New York et au Grand Nord canadien. Certains « instantanés » ont trait aux relations intimes entre les êtres, d'autres concernent un épisode de l'histoire du XXe siècle, d'autres encore touchent à des questions de société et aux modes de vie de nos contemporains.
    Chez Claudio Magris, la vive description d'une scène saisie sur le motif offre toujours une résonance éthique et philosophique. Ce sont d'une certaine manière des « leçons de vie » que prodigue ce livre, mais sans que l'auteur se mette dans la situation d'exercer un pesant magistère. Au contraire, un mélange unique s'opère dans ces brèves vignettes entre le sérieux du propos et les nuances de l'humour. La gravité et la légèreté font ici si bon ménage que l'on est conquis par ce petit livre captivant et savoureux.

  • " mais la minute qui compte, c'est tout à la fin.
    Les gestes se sont alentis, le coiffeur vous a délivré du tablier de nylon, qu'il a secoué d'un seul coup, dompteur fouetteur infaillible. avec une brosse douce, il vous a débarrassé des derniers poils superflus. et l'instant redouté arrive. le coiffeur s'est rapproché de la tablette, et saisit un miroir qu'il arrête dans trois positions rapides, saccadées : sur votre nuque, trois quarts arrière gauche, droite.
    C'est là qu'on mesure soudain l'étendue du désastre. oui, même si c'est à peu près ce qu'on avait demandé, même si l'on avait très envie d'être coiffé plus court, chaque fois on avait oublié combien la coupe fraîche donne un air godiche. et cette catastrophe est à entériner avec un tout petit oui oui, un assentiment douloureux qu'il faut hypocritement décliner dans un battement de paupières approbateur, une oscillation du chef, parfois un "c'est parfait" qui vous met au supplice.
    Il faut payer pour ça. ".

  • à l'aveugle

    Claudio Magris

    Dans un hôpital de Trieste, jour après jour, un vieil homme se confie à son psychiatre, et tente de recoudre les morceaux de sa vie. Ou plutôt de ses vies. Peut-être ne parle-t-il qu'à lui-même ? Souvent il ne reconnaît pas sa voix, ses voix. Officiellement, il est Salvatore Cippico, né en 1910, ancien militant communiste, qui, avec deux mille camarades de Monfalcone, est parti bâtir le socialisme en Yougoslavie et a été jeté par Tito dans le bagne de Goli Otok, puis a émigré en Australie. Intimement, il se prend pour le clone de Jorgen Jorgensen, aventurier danois du XIXe siècle, corsaire-écrivain, éphémère roi d'Islande, puis déporté en Tasmanie. Mythiquement, il réincarne Jason lancé dans une conquête ambiguë, dans une errance inquiète. Il a - ils ont - vécu les grands événements et bouleversements de deux siècles ; et aimé et abandonné toutes ces femmes qui sont toujours la même, impuissante salvatrice sacrifiée au cynisme des chefs, à l'implacable logique des faits. Dans ce mémorial picaresque, la voix qui parle est celle de l'éternel rebelle, du mutin, de l'hérétique. Il n'y a pas pour eux de terre promise. L'Histoire - la mort - tire à l'aveugle sur ceux que les dieux dédaignent ; les puissants imposent le silence sur les mensonges, les injustices, les massacres ; et la mer oublieuse ensevelit les témoins, ne rejetant sur le rivage que quelques figures de proue rongées, au regard encore tourné vers d'indicibles catastrophes. A travers un kaléidoscope effréné de lieux, de situations, de symboles, de coïncidences et de reflets - de Waterloo à Dachau, de la guerre d'Espagne au génocide des Tasmaniens, de Trieste à Reykjavik, d'île en île, d'un bagne à l'autre, de toison d'or en drapeau rouge, de faillite des idéologies en dérive des individus - Claudio Magris nous plonge dans un fascinant roman total, dans une réflexion lyrique et généreuse sur notre temps. Confession d'un tragique désenchantement en même temps que témoignage de fidélité, le récit plonge dans le tourbillon des métaphores et le vertige des choses.

  • À la mort de Tom, Emily repart en quête de l'essentiel pour ne pas perdre pied. Son enfant, sa famille, des amis qui l'aiment et la soutiennent lui permettent de retrouver goût à la vie et de développer une nouvelle manière d'appréhender le monde. Sa rencontre avec Mark, un célèbre architecte d'intérieur qui s'interroge sur le sens de son travail, et, comme elle, porte en lui une fêlure, fera ressortir le meilleur de chacun d'eux.

  • L'embuscade

    Beppe Fenoglio

    L'embuscade, roman posthume achevé en 1958 et publié en 1978, s'inscrit dans la veine guerrière de Fenoglio. Il retrace un épisode, parfaitement circonscrit, de la guerre civile qui opposa, au cours de l'été 44, partisans badogliens et fascistes. La ville de Valla qu'il faut reprendre à l'occupant acquiert une valeur mythique pour le petit groupe de résistants qui se cache dans les collines de Langhe et vit une pesante attente, coupée de quelques combats meurtriers. Cette alternance de moments paroxystiques et de temps morts permet à l'auteur de camper, avec le talent qu'on lui connaît, des personnages contrastés, de provenances diverses, luttant également pour des raisons diverses.
    Bien qu'inachevé, ce roman n'offre aucun blanc, progresse par une suite de flash-back percutants et se referme harmonieusement sur lui-même.
    La précision et la sobriété stylistique propres à Fenoglio font de ce texte - dont il disait à son éditeur, en dépit de sa modestie : «Ou je me trompe, ou ce livre est d'un grand intérêt» - l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature contemporaine.

  • Vu du ciel

    Christine Angot

    «Les anges ne sont pas tous blancs. Nous n'avons pas le sens de la gravité des choses. Anciens traumatisés pris entre enfance et éternité, nous n'avons pas la sensibilité d'en bas. En général, nos vues, entre ciel et terre, indisposent les humains. Qui n'aiment pas nos livres. Beaucoup trop froids. Ils supportent mal notre humour. Alors, je destine ce livre aux anges et à Dieu et ne souhaite à aucun mortel de l'ouvrir accidentellement.»

  • «Je m'appelle Alma et je n'ai pas connu la guerre. J'ai grandi en écoutant Daft Punk, en buvant du Coca-Cola et en jouant à des jeux vidéo sur la Playstation 2. Un jour, j'ai appris que mon grand-père avait fui la Pologne quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, avant la Shoah. Ce mot m'a longtemps agacée : son côté spectaculaire. Mais vendredi soir, quand je me suis retrouvée face à la petite-fille d'Adolf Eichmann et qu'elle n'arrivait pas à se remémorer le nom du camp d'Auschwitz, j'ai ressenti comme une douleur - elle a duré quelques secondes. Je me suis rappelé l'exergue de Si c'est un homme de Primo Levi : "N'oubliez pas que cela fut, non, ne l'oubliez pas" ; je crois que je veux faire exactement le contraire. Oublier tout.»

  • Lancé sur les traces d'Ulysse, «l'homme à la pensée chatoyante», Pietro Citati nous invite à redécouvrir le héros le plus célèbre de la poésie épique occidentale. Figure complexe, peut-être faut-il pour comprendre Ulysse posséder comme Pénélope «la science des grands signes» ? Pourtant, il est plus proche de nous qu'Achille aux colères démesurées et à l'héroïsme surhumain. Il aime les choses mortelles et éprouve de la nostalgie pour sa terre, son épouse, son fils. Il endure de nombreux tourments mais ne refuse rien de la vie et accueille tout ce qu'elle lui offre avec une insatiable curiosité. De retour à Ithaque, il enseigne à Télémaque son art de vivre, l'assentiment de l'homme au sort qui lui échoit et les paroles de miel qui ont le don de transformer sa misère et l'ombre de son rêve en une construction harmonieuse.
    Avec autant de grâce que d'érudition, La pensée chatoyante met en lumière les infinis chatoiements du poèmes homérique. Comprendre l'Odyssée, pour Pietro Citati, cela revient au bout du compte à comprendre l'Occident, la Grèce, nous-mêmes, à interroger nos origines et notre futur, puisqu'il s'agit de lire à la fois ce chef-d'oeuvre et ce qu'il a légué pour des millénaires à la littérature.

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