L'observatoire

  • Simone

    Lea Chauvel Levy

    PARIS, 1920. Simone Rachel Kahn n'est encore qu'une jeune femme de 23 ans, issue de la bonne société, mais curieuse de tellement plus.
    Esprit libre, touche à tout, férue de littérature, de poésie et de philosophie, elle vagabonde dans le Paris d'après-guerre, à la recherche de quelque chose ou quelqu'un qui, enfin, pourrait la faire vibrer, l'émouvoir, l'exalter. Entre la librairie d'Adrienne Monnier et le Lutetia ; les cabinets culturels et la Sorbonne, elle croise le chemin des nouveaux Dadas lors de leurs fameuses « séances » qui, aussi déroutantes et insensées soient-elles, intriguent Simone...
    C'est à l'ombre de ces séances, et des arbres du jardin du Luxembourg, qu'elle rencontre celui qui fera d'elle Simone Breton.
    L'auteur des Champs magnétiques n'est alors qu'un jeune poète, déjà exalté, mais encore à la recherche de repères, tiraillé entre le surréalisme et le dadaïsme. Elle est promise à Voldemar - en expédition aux Amériques -, il est sans-le-sou, ayant tout juste déserté les bancs de l'école de médecine. Et pourtant...
    Dans un Paris bouillonnant, voguant entre les ateliers de Littérature et ceux des surréalistes - d'Éluard à Morise, Crevel, Péret ou Aragon -, les deux amants apprendront à se reconnaître, se tester, s'apprivoiser.
    Elle sera sa muse. Il sera son échappatoire. Et ils devront se battre, contre leurs passions, leurs démons, ses parents, pour pouvoir s'aimer, enfin.

  • Buenos Aires, juillet 1952. Ricardo Klement accueille sa femme et ses trois enfants, tout juste débarqués d'Europe. De loin, la scène de retrouvailles est touchante. Mais elle se déroule en Argentine, sept ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et Ricardo Klement n'est qu'un nom d'emprunt... Derrière ce patronyme se cache Adolf Eichmann, logisticien de la Solution finale qui a trouvé refuge à Buenos Aires deux ans auparavant et adopté l'identité d'un « simple » éleveur de lapins et un membre discret de la communauté. Au coeur de cette capitale argentine où se croisent en silence anciens SS et Juifs ayant fui l'Allemagne nazie pour échapper à l'horreur, il mène une existence paisible... Pourtant, personne n'ignore son identité, son passé, ses idées et la violence qu'il porte en lui. Comment est-ce possible ? Ariel Magnus nous transporte dans cette réalité argentine cauchemardesque qu'il connaît si bien et livre un roman aussi fascinant que dérangeant. Traduit de l'espagnol (Argentine) par Margot Nguyen Béraud.

  • « J'allais conjurer le sort, le mauvais oeil qui me collait le train depuis près de trente ans. Le Voyant d'Étampes serait ma renaissance et le premier jour de ma nouvelle vie. J'allais recaver une dernière fois, me refaire sur un registre plus confidentiel, mais moins dangereux. » Universitaire alcoolique et fraîchement retraité, Jean Roscoff se lance dans l'écriture d'un livre pour se remettre en selle : Le voyant d'Étampes, essai sur un poète américain méconnu qui se tua au volant dans l'Essonne, au début des années 60. A priori, pas de quoi déchaîner la critique. Mais si son sujet était piégé ? Abel Quentin raconte la chute d'un anti-héros romantique et cynique, à l'ère des réseaux sociaux et des dérives identitaires. Et dresse, avec un humour délicieusement acide, le portrait d'une génération.

  • « Gagne du temps. Au risque d'être péremptoire, snob ou dogmatique... Gagne du temps. Trompe-toi tant qu'il faut. L'instinct est à ce prix. Tu trouveras la faille et planteras l'étendard au coeur battant de la vie. Sois con souvent, génial parfois. C'est la rançon de l'emporte-pièce, le salaire du mépris. Cent sottises pour un aphorisme, comme un diamant scintille au milieu du charbon. Gagne du temps, disait mon père, laisse-moi te faire gagner du temps... » Dans cette confession d'un enfant du XXe siècle, entre l'épreuve de la violence et la découverte du courage, Raphaël Enthoven raconte la jeunesse, les amours, les combats et la liberté conquise. Et nous offre autant le tableau d'un monde perdu que le récit d'une aube.

  • Dans le pays où est né Oumar, il n'existe pas de mot pour dire ce qu'il est, seulement des périphrases : stigal basakh vol stag, un « homme couleur de ciel ».
    Réfugié à La Haye, le jeune Tchétchène se fait appeler Adam, passe son baccalauréat, boit des vodka-orange et ose embrasser des garçons dans l'obscurité des clubs. Mais il ne vit sa liberté que prudemment et dissimule sa nouvelle vie à son jeune frère Kirem, à la colère muette.
    Par une journée de juin, Oumar est soudain mêlé à l'impensable, au pire, qui advient dans son ancien lycée.
    La police est formelle : le terrible attentat a été commis par un lycéen tchétchène.
    Des hommes couleur de ciel est l'histoire de deux frères en exil qui ont voulu reconstruire leur vie en Europe. C'est l'histoire de leurs failles et de leurs cicatrices. Une histoire d'intégration et de désintégration.

  • Une femme française Nouv.

    Une femme française

    Anne Hidalgo

    Laïcité, égalité, écologie, féminisme... À quelques mois de la présidentielle, Anne Hidalgo défend les valeurs républicaines qui la nourrissent depuis toujours, et les combats qu'elle veut mener pour la France.
    Fille d'ouvrier espagnol, arrivée à Lyon à l'âge de 2 ans, Anne Hidalgo, classée par le Time parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde, est devenue l'une des femmes les plus puissantes de France, particulièrement attendue à moins d'un an de l'élection présidentielle. Destin exceptionnel ? Destin français, plutôt.
    Celui d'une femme qui n'est ni héritière, ni haute fonctionnaire.
    Nourrie par la passion d'une République laïque et sociale, elle a façonné sa vie comme des millions de femmes françaises, sous le double signe de la liberté et de l'égalité : liberté obtenue grâce à l'école, à la culture et au travail ; égalité conquise pour celle qui entre en politique au début des années 2000 et gagne Paris à deux reprises.
    Aujourd'hui encore, ces valeurs animent les combats d'Anne Hidalgo : comment tenir la promesse républicaine sans la traduire dans une égalité réelle qui rendrait à tous les citoyens leur capacité à espérer dans la France ? Comment réussir la transition écologique sans mettre au coeur de celle-ci les nouvelles questions sociales et territoriales qui ont émergé avec les Gilets jaunes ? Comment, enfin, reconstruire notre pays après la pandémie sans accorder à chaque Français la considération due à tous ceux qui répondent du nom de « citoyen » ? Ceux-là ne rêvent pas d'un nouveau monde, ils demandent seulement à trouver leur place dans celui-ci.

  • 2 mai 1923. Comme chaque jour, Clemenceau s'installe à sa table de travail. Malgré ses 82 ans, il n'a rien perdu de sa flamboyance ni de son orgueil. A l'aube du XXe siècle, alors que la République l'a remercié, le "Père la Victoire" ignore ce matin-là qu'il se prépare à vivre ses années les plus passionnées. Marguerite Baldensperger, éditrice de quarante ans sa cadette, s'apprête à passer sa porte pour lui proposer d'écrire un livre.
    Dès lors, leurs destins seront liés. Pourtant, tout les oppose. Elle aussi réservée et discrète que le "Tigre" est colérique et tempétueux. Mais dès leur rencontre, un pacte les unit : "Je vous aiderai à vivre , vous m'aiderez à mourir". Marguerite surmontera ainsi le grand chagrin de sa vie et reprendra goût à l'existence. Clemenceau puisera dans sa présence une vigueur nouvelle pour le combat politique et retrouvera la fougue de ses anciennes batailles.
    Malgré les années qui les séparent, ils vont s'aimer, chacun à leur façon. Par sa plume enlevée, réjouissante et ironique, Nathalie Saint-Cricq fait revivre la grande figure de Georges Clemenceau, son terrible caractère, ses mots d'esprit dévastateurs, et, avant tout, son coeur ardent.

  • « Après trois quarts de siècle qui ont laissé des encoches, des brûlures et des blessures dans ma mémoire, les hasards d'une existence et d'une carrière non programmée ayant fait que je me suis retrouvé au coeur de la plupart des événements qui ont façonné le monde d'aujourd'hui, je me retourne, sidéré... Comment est-il possible que j'aie vécu tout ça ? » La vie de Jean-François Kahn est un véritable roman. Le roman d'un homme fasciné par l'Histoire et par l'art de décrypter l'Histoire : le journalisme. Observateur des folies du communisme, des dérives du colonialisme, de la montée de l'extrême droite, le grand reporter raconte enfin, dans ce premier tome de ses mémoires, sa traversée d'un siècle fou, où l'on croyait tout possible - et où tout fut possible, hélas.

    Se retournant sur sa vie, et tout étonné encore des événements dont il fut le témoin, il nous livre un récit plein d'aventures et de drôlerie, traversé de révolutions et de coups d'État, de guerres extérieures et intestines, d'humanisme et de terreur, de misères et de servitudes - bref, de bruit et de fureur, de rires et de larmes.

    Conteur formidable, il offre aussi aux lecteurs des portraits saisissants de Nasser et de Che Guevara, d'Albert Camus et d'André Malraux, de de Gaulle et de Mitterrand, d'Hubert Beuve-Méry et de Françoise Giroud.

    Les mémoires de la mémoire du siècle.

  • Lorsque Sarah rencontre Théo, c'est un choc amoureux. Elle, l'écorchée vive, la punkette qui ne s'autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.

    Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d'une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l'univers, à l'euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l'incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver.

    Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.

    Un récit d'une légèreté et d'une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

  • « Le but de l'ouvrage que vous tenez entre les mains est de dire que la littérature ne doit pas être édulcorée, nettoyée ou purifiée. Les meilleurs livres sont souvent salaces, répugnants, couverts de crachats, obscènes, ils exploitent ce qu'il y a de plus voyeur en nous, ils exposent ce que la société voudrait masquer, ils révèlent la face obscure de notre humanité, ils fabriquent du beau avec du pervers, ils explorent les limites, dépassent les bornes, enfreignent les interdits. Mais surtout : ils se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Un bon livre est celui qui ne donne pas de leçons. » Dans un hit-parade aussi joyeux que corrosif, Frédéric Beigbeder inscrit pour l'éternité cinquante livres dans un panthéon littéraire où se croisent et s'apprivoisent Philip Roth, Simone de Beauvoir, Isaac Bashevis Singer, Virginie Despentes, Octave Mirbeau, Simon Liberati, Thomas Mann, ou Colette (évidemment). Et bien d'autres encore...

    Au-delà d'un top-50 revisité, c'est un véritable manifeste pour la littérature dans sa forme la plus pure et impure que signe Frédéric Beigbeder ; un remède imparable à notre époque en gueule de bois.

  • Notre vagabonde liberté : à cheval sur les traces de Montaigne Nouv.

    « Je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche », expliquait Montaigne à propos de la longue chevauchée qu'il fit à travers l'Europe en 1580.

    Gaspard Koenig aussi sait ce qu'il fuit : les injonctions permanentes des gouvernements et des algorithmes. Il s'est donc lancé sur les traces de Montaigne, en suivant le même itinéraire, avec le même moyen de transport : un cheval, ou plutôt une jument, Destinada. Pour rejoindre Rome, le cavalier et sa monture ont parcouru 2 500 kilomètres pendant cinq mois, passant par le Périgord, la Champagne, les Vosges, la Bavière, la Toscane...

    Toquant aux portes pour trouver gîte et couvert, parcourant les campagnes mais aussi les zones commerciales et les centres-villes, l'écrivain a eu tout le loisir de « frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui », comme le recommandait Montaigne. Dans cette plongée au coeur des territoires, la générosité et l'hospitalité sont presque toujours au rendez-vous.

    Au rythme du pas, notre modernité révèle ses vertus et ses travers. L'occasion pour l'auteur de renouer avec certains thèmes chers à Montaigne : la relation entre l'homme et l'animal, l'art du dépouillement, les conflits religieux, la diversité des cultures ou les leçons de la nature...

    Au fond, que Gaspard Koenig pouvait-il bien chercher dans un tel vagabondage, sinon la liberté ? La sienne, celle que l'on cultive dans cette « arrière-boutique » où se réfugiait Montaigne. Mais aussi la nôtre, exigence politique plus contemporaine que jamais.

  • Certains prétendent que le merveilleux Molière Était (comme tout homme) un sinistre macho.
    D'autres disent qu'en montrant des aventurières Il a fait au sexisme un enfant dans le dos.
    Le dramaturge est-il hostile au « second sexe » Ou est-il le premier à défendre ses droits ?
    Et si les choses étaient un peu plus complexes ?
    Et si Poquelin était les deux à la fois ?
    Dans une réécriture réjouissante de L'École des femmes, Raphaël Enthoven s'empare de la comédie de Molière pour disséquer notre rapport au désir, à la vieillesse et à la scène où, à force de se prendre pour son rôle, nul ne sait plus ce qui se joue.

  • Soeur

    Abel Quentin

    Adolescente revêche et introvertie, Jenny Marchand traîne son ennui entre les allées blafardes de l'hypermarché de Sucy-en-Loire, sur les trottoirs fleuris des lotissements proprets, jusqu'aux couloirs du lycée Henri-Matisse. Dans le huis-clos du pavillon familial, entre les quatre murs de sa chambre saturés de posters d'Harry Potter, la vie se consume en silence et l'horizon ressemble à une impasse.
    La fielleuse Chafia, elle, se rêve martyre et s'apprête à semer le chaos dans les rues de la capitale, tandis qu'à l'Élysée, le président Saint-Maxens vit ses dernières semaines au pouvoir, figure honnie d'un système politique épuisé.
    Lorsque la haine de soi nourrit la haine des autres, les plus chétives existences peuvent déchaîner une violence insoupçonnée.

  • Comment se «?développer?» quand on est sans cesse «?enveloppé?» par des coachs?? Comment le développement serait-il «?personnel?» quand guides et manuels s'adressent à chacun comme à tout autre?? La philosophe Julia de Funès fustige avec délectation les impostures d'une certaine psychologie positive.

    «?L'authenticité en 5 leçons?», «?La confiance en soi?: mode d'emploi?», «?Les 10 recettes du bonheur?»... Les librairies sont envahies d'ouvrages qui n'en finissent pas d'exalter l'empire de l'épanouissement personnel. Les coachs, nouveaux vigiles du bien-être, promettent eux aussi sérénité, réussite et joie. À les écouter, il n'y aurait plus de «?malaise dans la civilisation?», mais une osmose radieuse. Nous voici propulsés dans la «?pensée positive?» qui positive plus qu'elle ne pense?! C'est le non-esprit du temps.
    Pourquoi le développement personnel, nouvel opium du peuple, rencontre-t-il un tel engouement?? Sur quels ressorts psychologiques et philosophiques prend-il appui?? L'accomplissement de soi ne serait-il pas à rechercher ailleurs que dans ces (im)postures intellectuelles et comportementales??
    Pour lutter contre la niaiserie facile et démagogique des charlatans du «?moi?», Julia de Funès propose quelques pépites de grands penseurs. Si la philosophie, âgée de 3?000 ans, est toujours là, c'est qu'en cultivant le point d'interrogation, elle développe l'intelligence de l'homme, fait voler en éclats les clichés et les lourdeurs du balisé, et permet à chacun de mieux affirmer sa pensée et vivre sa liberté. L'esprit n'est jamais mort, la réflexion ne rend pas les armes, une libération est toujours possible?!

  • «?Sommes-nous encore en démocratie?? Aujourd'hui, le fait même de poser la question est jugé indécent?: les citoyens n'ont aucune raison de se plaindre, eux qui vivent librement, ne sont pas en dictature. Elle paraît même suspecte, comme si s'interroger sur l'état de notre modèle démocratique signifiait en imposer un autre, autoritaire. Voilà à quoi est réduit le débat en France?; la juste mesure est la chose au monde la moins bien partagée.

    Face à la crise sanitaire et économique, notre vieille démocratie a certes tenu. Mais on ne mesure pas assez la défiance des peuples, comme si à aucun moment il ne fallait envisager qu'elle pût s'expliquer par le fait que ce serait la démocratie qui aurait joué contre eux. Dès lors que la révolte populaire, dont les Gilets jaunes ont constitué une première manifestation, a éclaté, nous ne pouvons ignorer la crise de la représentation que traverse notre pays?; et devons lancer une révolution raisonnable, pour faire tomber les nouvelles Bastille.?» Natacha Polony

  • Comment pourrais-je pardonner ? Nouv.

    Rescapé du Bataclan, Victor Rouart dénonce, au-delà de son parcours de reconstruction, le climat de « lâche soulagement » qui règne en France depuis la vague d'attentats, et appelle à un sursaut politique et citoyen contre le terrorisme.
    Victor était au Bataclan ce soir du 13 novembre 2015. Dès le début de l'assaut, une balle de Kalachnikov lui transperce les deux jambes. Il vit le reste de la prise d'otage au sol, au milieu de la fosse de la salle, entouré de victimes. Récupéré par la BRI puis les pompiers de Paris, il passe « à quelques minutes de la mort » selon les soignants. La suite, ce sont de nombreuses opérations, des miracles accomplis par le corps médical, mais aussi des moments de doute, de douleur. Et le début d'une longue méditation : comment, et pourquoi un tel attentat peut-il arriver, en France en ce début de XXIe siècle ? Comment la République a-t-elle pu laisser s'installer une telle tension sur son sol ? Qui sont les responsables ? Dirigeants politiques, journalistes... nombreux sont ceux qui évitent soigneusement d'aborder les problèmes de la société française pour leur préférer un beau récit sur la résilience de la nation. Non, les bougies aux rebords des fenêtres ne doivent pas constituer l'alpha et l'oméga de la réaction d'une nation face à des actes terroristes faisant plusieurs centaines de victimes. Oui, la France ne pourra faire l'économie d'un débat en profondeur sur son identité et ses valeurs, et avec des répercussions très concrètes sur la citoyenneté.
    Réprimer le fanatisme, défendre les citoyens et leur faire justice avec force, lutter contre le communautarisme, ce n'est pas le propre d'une nation belliqueuse, mais d'un pays civilisé.

  • Racée

    Rachel Khan

    « On est tous des additionnés », affirmait Romain Gary dans Pseudo. Rachel Khan ne le sait que trop bien. Noire, gambienne, d'origine musulmane et catholique par son père, blanche, juive et française par sa mère, elle est fière de se dire « racée ». Mais comment vivre cet excès de « races » à l'heure des replis identitaires où seule la radicalité importe ? Comment se positionner avec ce « pedigree » alors que l'injonction est de choisir un camp ?

    À travers une série de mots, notions et expressions « politiquement correctes », Rachel Khan pose un regard tant critique que malicieux sur notre époque idéologisée qui interdit toutes formes de nuances. Elle condamne les « mots qui séparent » ? souchien, racisé, afro-descendant, intersectionnalité, minorité... : présentés comme des outils indispensables pour combattre le racisme, ils enfoncent en fait le couteau dans les plaies qu'ils prétendent cicatriser. Puis les « mots qui ne vont nulle part » : vivre-ensemble, diversité, mixité et non-mixité, etc., qui appauvrissent le langage et, dans une « bienveillance inclusive », alimentent la haine et les silences. Mais elle défend avec force les « mots qui réparent » ? intimité, création, désir ? qui, eux, rétablissent le dialogue, favorisent la pensée non unique et unissent notre société, gangrénée par les crispations identitaires et les oppositions stériles entre les genres.

  • Parler aujourd'hui d'écologie au singulier n'a guère de sens tant les mouvements qui s'en réclament sont multiples et opposés entre eux. De fait, l'écologie se divise désormais en sept grands courants : les "effondristes", qui tiennent la catastrophe pour inévitable ; les alarmistes révolutionnaires, héritiers de la critique marxienne du capitalisme, qui plaident pour la décroissance, comme les écoféministes, les décoloniaux et les véganes, qui considèrent la lutte pour l'environnement comme indissociable de celle pour le droit des femmes, des colonisés et des animaux ; les réformistes, qui pensent au contraire que la solution se situe dans la croissance verte et le développement durable.
    Viennent enfin les partisans de "l'écomodernisme" et de l'économie circulaire que je défends ici. Ces différentes composantes s'accordent sans doute sur le fait que la planète va mal, mais leur opposition n'en reste pas moins parfois radicale, les effondristes et les révolutionnaires tenant notamment la croissance verte et le développement durable pour des impostures. C'est à analyser les idées, les convictions et les propositions qui les animent que ce livre est consacré, mais aussi à proposer une alternative écomoderniste à l'écologie punitive, une vision du monde qui esquisse enfin un grand dessein enthousiasmant pour une humanité réconciliée avec elle-même comme avec sa planète.

  • Un soir d'été 1982, Olivier Guez assiste à son premier match de football. Il n'a pas 10 ans. Les formes pures du stade, les projecteurs aveuglants, le vert ardent de la pelouse cernée de lignes laiteuses, et les milliers de petites touches bleues qui parsèment les gradins ? : le vertige, l'immense frisson. Il ne s'est jamais vraiment remis de ce spectacle grandiose. Le football a donné à l'écrivain le goût des autres, et le goût du large.
    Au fil des voyages, il a constaté que ce sport était le miroir des nations, de leur mémoire, de leurs conflits et de leurs imaginaires. Sur un terrain de football se racontent l'identité de la France, le stalinisme et le dégel en Union soviétique, la question raciale au Brésil, la modernité de l'Argentine et de Diego Maradona, le destin de l'Allemagne de l'Est après la réunification, les ambitions planétaires du Qatar et, sous l'égide de la FIFA, les dérives du capitalisme depuis trente ans.
    C'est le football, cette passion absurde et dévorante que partagent des milliards d'hommes et de femmes à travers le monde, trait d'union de la planète globalisée, que décrit Olivier Guez dans un recueil de textes admirables de sincérité, entrecoupé de photographies de légende, qui vibrent pour toujours dans la mémoire de chacun.

  • « La bienveillance est le contraire de la mièvrerie : c'est une arme de choc, une arme de joie, une arme absolue. À une époque où tout se radicalise - la ruse, la haine, l'ego, le politiquement correct et même les discours humanitaires -, la bienveillance est la seule réponse à la crise morale que traversent nos sociétés. Une réponse qui, à défaut de changer le monde du jour au lendemain, lui redonne des couleurs et compense les déceptions qu'il nous inflige, tout en renforçant ce système immunitaire assez paradoxal qui s'appelle l'empathie. D'où l'urgence de radicaliser la bienveillance. De la pratiquer sans peur, sans honte, sans modération et sans nuances.

    C'est ce que je fais depuis l'enfance, pour le meilleur et pour le pire, comme toutes les personnalités qui ont marqué ma vie. Ceux qui, sans en avoir toujours conscience, détiennent le véritable pouvoir sur Terre sont les guerriers de la bienveillance. »

  • Catherine Deneuve et François Truffaut, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere, Isabelle Adjani et Jean-Paul Belmondo, Alain Resnais et Romy Schneider, Sophie Marceau et Vincent Lindon... : tous et toutes ont été les clients d'Artmedia, l'une des plus prestigieuses agences artistiques, qui a inspiré à Dominique Besnehard - son agent vedette - la série à succès Dix pour cent. Agence mythique, Artmedia a révolutionné le métier d'impresario, celui d'acteur et le septième art, composant au plus haut de sa gloire 80 % des génériques français.
    Mais plus qu'une agence, Artmedia est à la fois la pierre angulaire et l'âme du cinéma. Créée par Gérard Lebovici en 1970, elle est rapidement devenue incontournable. Ce que l'on connait moins, c'est le destin incroyablement romanesque de cette institution, qui est indissociable de celui de ses dirigeants : le "roi Lebo" , son fondateur, fils de déportés sans qui aucun film n'était possible ou presque dans les décennies 1970 et 1980, et dont le meurtre mystérieux, en 1984, ne fut jamais élucidé.
    Jean-Louis Livi, enfant d'ouvrier immigré, ami et agent des plus grands devenu un producteur français majeur. Et Bertrand de Labbey, descendant d'aristocrate peu fortuné, comptant parmi les plus puissants entrepreneurs de la musique et du cinéma, avec à ses côtés Julien Clerc, Jamel Debbouze, ou aujourd'hui Jean Dujardin. Trois destins qui retracent l'histoire du cinéma, et nous offre un ticket d'entrée inédit dans ses coulisses, au-delà des projecteurs, là où tout se décide et se joue.
    Plus de cinquante ans après sa création, Jean-Louis Livi et Bertrand de Labbey ont accepté de se livrer sur ces années pour raconter leur Artmedia, au côté d'une quinzaine d'agents, sortis de l'ombre pour l'occasion, et des grands noms du métier : Fanny Ardant, Nathalie Baye, Francis Huster, François Ozon, Thierry Frémaux, Francis Veber, Xavier Beauvois ou Kad Merad, et plus encore.

  • « Depuis plus de quarante ans, je m'intéresse aux quêtes spirituelles et aux sagesses si diverses du monde. La réalisation d'une collection documentaire pour Arte m'a permis de voyager à travers les cinq continents sur les traces du sacré. De l'Australie à l'Éthiopie, du Pérou au Japon - en passant par la France, la Turquie, le Guatemala, les États-Unis, le Canada, l'Inde ou le Népal -, j'ai traversé des paysages sublimes et j'ai rencontré des femmes, des hommes et des enfants dont la ferveur spirituelle et l'humanité m'ont bouleversé. Je les ai photographiés et j'ai mis par écrit le récit de ces voyages afin de partager ces moments uniques. Ainsi est né ce livre. » F. L.

  • Le silence d'Isra

    Etaf Rum

    PALESTINE, 1990. Isra, 17 ans, préfère lire en cachette et s'évader dans les méandres de son imagination plutôt que de s'essayer à séduire les prétendants que son père a choisis pour elle. Mais ses rêves de liberté tournent court : avant même son dix-huitième anniversaire, la jeune fille est mariée et forcée de s'installer à Brooklyn, où vivent son époux et sa nouvelle famille.

    La tête encore pleine de chimères adolescentes, Isra espère trouver aux États-Unis une vie meilleure mais déchante vite : les femmes sont cloitrées à la maison, avec les enfants ; les maris, peu loquaces, travaillent jour et nuit. Invisible aux yeux du monde, la jeune fille autrefois rêveuse disparaît peu à peu face à la tyrannie de sa belle-mère et la pression étouffante de devoir donner naissance à un fils. Mais comble du déshonneur, Isra ne met au monde que des filles, dont la fougueuse Deya...

    BROOKLYN, 2008. Deya, 18 ans, est en âge d'être mariée. Elle vit avec ses soeurs et ses grands-parents, qui lui cherchent déjà un fiancé. Mais la révolte gronde en Deya, qui rêve d'aller à l'université et se souvient combien sa mère était malheureuse, recluse et seule. Alors qu'est révélé un secret bien gardé, Deya découvre que les femmes de sa famille sont plus rebelles que ce qu'elle croyait et y puise la force de changer enfin le cours de son destin.

    Dans ce premier roman aux accents autobiographiques d'une force inouïe, Etaf Rum pose un regard toujours nuancé sur la force libératrice de la littérature pour les plus faibles et les opprimés et sur les conflits intérieurs des femmes d'aujourd'hui, prises en étau entre aspirations et traditions.

  • L'ivre de mots

    Stéphane De Groodt

    Par amour des mots, on sème tant, que la récolte livre parfois quelques pensées fugaces.

    C'est donc le fruit de cette cueillette que je vous propose ici, en ouvrant le bal par l'exercice de la dédicace. Mais comme il me fallait choisir celui ou celle que je souhaitais honorer de cette tradition littéraire, j'ai choisi de ne pas choisir...

    C'est ainsi que je dédie ce livre «?au Goncourt qui ne l'aura pas, et réciproquement?», mais aussi «?à Einstein, qui m'a appris à relativiser?», «?au pain perdu et au plaisir retrouvé?», ou encore à ces autres, couchés sur papier au «?hasard du je et de l'amour?».

    En fait, cet ouvrage est dédié à vous. Emois...

    Après ces hommages aux intérêts divers, je me suis laissé aller à quelques pensées vagabondes. C'est donc la tête dans les étoiles, que mes idées passaient de lune à l'autre. De ces philosophes qui en font parfois tout une Montaigne, aux femmes à ventre dont je loue le courage en passant par l'histoire d'avant et Ève, ou de Molière, magnifique comédien, qui pourtant n'eut jamais de Molière.

    Ivre de mots, je vous invite à partager ces quelques vers.

    Qui mime me suive...

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