Le Grand Miroir

  • Quatrième étage

    Nicolas Ancion

    " Au quatrième, il n'y avait pas d'ascenseur.
    Aux autres étages non plus d'ailleurs. Mais au quatrième, c'est pire qu'au premier. Mais moins grave qu'au sixième. C'est toujours ainsi dans la vie : il y a mieux et il y a pire. Suffit de choisir ce qu'on veut bien voir : la bouteille à moitié vide ou la bouteille à moitié pleine. " Ce roman, c'est l'histoire de Thomas et de Marie. Marie ne peut quitter la chambre, Thomas ne peut quitter Marie. Ils vieillissent l'un près de l'autre.
    Elle l'écoute et il raconte. Dans une grande ville. Dans un appartement. Au quatrième étage. Ce roman, c'est l'histoire de Serge. Serge, qui revient du supermarché, des provisions plein les bras et se retrouve dans un appartement inconnu. Un appartement dans lequel réside une jolie jeune fille. Dans un vieil immeuble. Au quatrième étage.

  • " J'ai tué un homme qui ne m'avait rien fait.
    Moi ! Moi, Abram Potz, de mes mains crevardes et frigides, sans mobile apparent, j'ai jeté un homme à la mort. J'ai aboli une âme. Et voici que ce premier crime m'apporte, je ne dirai pas la joie de vivre - je n'en demande pas tant -, mais une raison de différer mon trépas. Je suis moins pressé de mourir, je sens en moi une alacrité nouvelle... " Abram Potz, psychanalyste juif ashkénaze au rancart, vieillard disloqué, à la mémoire vacillante mais perverse, au sexe grabataire mais têtu, promène sa décrépitude dans les rues de Paris.
    Il observe avec une délectation amère la répulsion et l'effroi que, partout, son apparition suscite. Et il ricane : Ô jeunesse ennemie ! Pour se venger de sa déréliction et conjurer le désespoir, il se lance en claudiquant dans une carrière d'assassin. Il ambitionne le titre de doyen d'âge des tueurs en série. Il tue comme il peut, au hasard, sournoisement, en toute impunité car l'imminence de sa mort l'a rendu inaccessible au châtiment judiciaire.
    Il rêve d'un procès d'assises en guise de cérémonie des adieux, où, face à une société ingrate, il proclamerait les droits de l'homme vieux. Ses confessions nous plongent, avec un cynisme attendrissant et un humour implacable, dans les affres de la vieillesse...

  • Ancien apprenti du peintre Pierre Palurme et ami de Georges de La Tour, Thomas Lescaut a décidé d'abandonner la peinture pour devenir maître faïencier. Depuis qu'il a fui la Lorraine afin d'échapper aux massacres de la guerre de Trente Ans, il a fait prospérer sa petite manufacture de faïences installée à Tournai. Lorsque Thomas reçoit une commande importante destinée à un riche seigneur anglais, il croit assurer son avenir, celui de sa femme Manou et de leurs enfants, Pierre et Éloïse... mais c'est sans compter les multiples rebondissements que lui réserve cette saga riche en péripéties. Le maître faïencier pourra-t-il livrer à temps et à bon port le fruit de plusieurs mois de travail, alors que la mer du Nord est le lieu de combats sanglants pour la suprématie des mers entre le royaume d'Angleterre et la Hollande et que les traversées de la Manche sont plus que périlleuses ? Son fils Pierre pourra-t-il prendre la voie abandonnée plus tôt par Thomas et assouvir son rêve de peindre à sa fantaisie de grands tableaux ? Quels tours réserve la froide et cruelle Éloïse aux paisibles habitants de La Mougerie ? Aux côtés de nouvelles figures picaresques brossées avec brio, le lecteur des Rouges portes de Lorraine retrouve plusieurs personnages s'exprimant dans le même langage truculent du premier tome : Selim, le fidèle serviteur turc de Georges de La Tour, Branlemoine le brigand repenti...

  • Avant et après

    " Toutes ces années sans un instant de doute. Je savais qui j'étais, j'avançais tranquille sur un chemin bien tracé dont rien n'allait me détourner. Et vous voilà, qui n'êtes pas un obstacle. " Une dame d'âge mûr tente de se laisser séduire par un jeune gigolo. Deux amants reconstruisent après l'amour le chemin de leur double adultère. Un homme, une femme. Histoire éternellement à écrire. Elle et lui. Soi et l'autre. Un itinéraire de vie bien dessiné, et une rencontre oblige à se repositionner... À travers deux dialogues où la verve le dispute en esprit et en élégance, Jacqueline Harpman nous invite à sortir de nos certitudes pour se regarder avec les yeux de l'autre. Le bonheur n'est-il qu'une illusion faillible ? Une idée préconçue ? Quand la mécanique du quotidien se dérègle, n'est-ce véritablement qu'un accident de parcours ? Comment échapper à soi-même ? Il faut lire dans ces pages un vrai hymne à la liberté.

  • Bouche de l ogre

    Elle l'aimait toujours, mais comme un nuage aime la terre où il ne peut se poser qu'en pluie.
    Qu'est-ce qui sépare ceux qui s'aiment ? La tristesse. Alba la traîne depuis l'enfance et Logan l'a prise avec elle. De quel malheur n'arrive-t-elle pas à se défaire ? De quels morts porte-t-elle le deuil ? Et pourquoi n'a-t-elle pas sauvé la vieille dame de la Bouche de l'Ogre, cette montagne aux dents acérées ? Elle qui jurait pourtant en avoir fini avec la haine.

  • Le journaliste français

    Une grenade qui explose.
    Un bonze en torche vivante. 1963, Saigon suffoque. Tuyêt aussi, dont les " pourquoi " ne trouvent aucun " parce que ". Mais ça ne fait rien : elle n'a que dix ans. Plus tard, elle comprendra tout. C'est écrit dans le ciel depuis que le ciel existe. Il faut juste attendre. Très vite cependant, elle n'est plus une, mais deux. L'une rêve encore de poussins, l'autre sait qu'il n'y en a plus. La passerelle ? Un monde où réel et imaginaire s'entrelacent, où l'on croise des personnages étranges.
    Un pays en marche vers son destin, où flotte la douceur d'un sourire, celui du journaliste français, son héros (au fait, ce dernier existe-t-il vraiment ?). Un roman où les questions surgissent, bruyamment ou en silence, à l'image des bombes qui éclatent ou des souffrances qu'on tait. Une histoire douce-amère narrée sur un ton tendre et drôle par une enfant éprise de fous rires, de glace parfumée à la solitude et de métaphores.

  • Les chutes centrales

    on s'interroge ici sur le sens, et la vanité, de toute biographie.
    il est question de rencontres, de collisions, de retrouvailles et de diverses pertes. on prétend relater la chronique d'une destinée ou d'un instant. mais toujours quelque chose manque. c'est en désignant ce manque que la vie, soudain, se remet en branle à travers les mots. ou du moins son mouvement, son mystère. un mélomane monomane se voit spolié de l'unique secret, l'énigme ténue qui a coloré une existence par ailleurs " sans histoire ".
    un baroudeur ivre découvre que les occasions d'éprouver tantôt des déceptions, tantôt des remords, sont illimitées et que l'on ne réhabilite jamais tout à fait ceux qu'on a laissés sombrer dans l'oubli. au cours d'une foire du livre, à strasbourg, un biographe célèbre tente, en l'espace de quelques heures, de refaire sa vie. mais refaire sa vie se révèle aussi compliqué, aléatoire, inespéré, que de reconstituer celle des autres.

  • Elvira Puccini

    Le jour où elle rencontre Giacomo Puccini, Elvira Bonturi sait que sa vie va basculer. Elle quitte sa maison, sa ville, sa famille pour le suivre, et leur histoire scandaleuse secoue la petite ville toscane de Lucca, enfermée dans ses remparts, très catholique, capitale de la musique religieuse italienne, fidèlement servie jusque-là par toute une dynastie de Puccini musiciens. Le jeune compositeur désargenté n'a pas grand-chose à lui offrir, hormis son amour. Mais, justement, qui d'autre mieux que lui pourrait l'aimer, lui dont la sensibilité et le talent s'apprêtent à créer de sublimes créatures, de grandes amoureuses comme Mimi, la Tosca et Madame Butterfly... L'histoire d'Elvira va durer quarante ans. Suivre pas à pas cette histoire, c'est aussi s'introduire dans les coulisses de la scène lyrique des années 188o-1925. C'est mieux comprendre les méandres de la création puccinienne où la musique ne cesse de dessiner les âmes, de magnifier les mots pour que vive à la fin une oeuvre théâtrale somptueuse.

  • L'aubaine

    Une fête de famille en Alsace. Les 50 ans de la tante Erlande coïncident avec le décès du grand-père Hermann, les réjouissances se muent en deuil. Les frustrations réapparaissent entre les enfants de la première femme de Hermann, Gerda, et ceux de la femme qu'ils n'ont jamais acceptée, Ursula.

    Mais au-delà des tensions, il y a l'Histoire qui, à la croisée des cultures, frappe et meurtrit encore la jeune génération, celle que l'on croyait «étrangère à tout cela» lors d'une visite scolaire du camp de Dachau. Que pèse, pour l'être qui les porte, un prénom hérité, une mémoire bâillonnée ?

    A l'image de nos cosmogonies fuyantes, dépourvues de centre, ce sont plusieurs personnages qui, successivement, jouent le rôle principal. Au lecteur de s'enrichir au gré d'identifications multiples...

  • Les gens disaient l'étable

    Une nuit rouge, incendiaire au cours de laquelle se dessine une généalogie troublante, improbable : un père aventurier aux multiples destinées ; une mère réfugiée dans des souvenirs enchanteurs, des animaux fantastiques, des enfants retournés à l'état sauvage, un secret si lourd qu'il ne peut être dit. Joseph Orban nous convie à un parcours haletant
    à travers un univers où tous les possibles s'entremêlent dans une langue poétique, sublime et hallucinée, qui tient autant de Claude Simon que
    d'André Baillon. Un enfant, reclus dans un domaine à l'abandon où la nature a recouvré ses droits, nous raconte le paradis sanguinaire et merveilleux dans lequel lui, ses frères et soeurs vivent. Doit-on croire cet enfant qui nous parle ? Doit-on, à notre tour, prendre en haine ceux qui refusent de comprendre, ces gens qui usent encore des mots ? Car, après tout, les gens disaient l'étable...

  • Mais qui est vraiment Amélie Nothomb ? Depuis septembre 1992, elle est présente à chaque rentrée littéraire.
    Adaptée au cinéma, au théâtre, à l'opéra, elle est traduite dans le monde entier. Tous ses romans sont de grands succès de librairies. Son personnage intrigue autant qu'il fascine ou irrite. D'interview en interview, elle sème le mystère plus que la confession. Que sait-on d'elle au fond ? A travers cette enquête, l'auteur a voulu dépasser les clichés et pénétrer dans l'univers réel de la seule star francophone actuelle de la littérature.
    Enrichi d'entretiens avec des proches, des membres de sa famille, des acteurs du monde du livre, ce portrait, construit sous forme d'abécédaire, aide à mieux comprendre celle qui assume de se définir comme un monstre littéraire.

  • D'outre Belgique

    Recueil d'" histoires d'un pays disparaissant ", D'outre-Belgique est composé de huit récits de fiction envisageant sous divers angles la fin de la Belgique. C'est un motif littéraire, où des questions d'actualité historique se rencontrent et s'intègrent. Il n'y a là aucune sorte de certitude sur la suite prévue des événements, ni de préférence sur ce qu'elle devrait être ; juste la conviction (et c'est en cela que le motif est littéraire, comme si l'inconscient était devenu conscient) que, même si le pays continue à exister, le spectre de sa disparition plane désormais au-dessus de sa tête. Dans le recueil, le pays est toujours là : on n'est donc pas encore dans l'outre-Belgique, mais dans une zone mentale où l'incertitude et le vertige quant à l'avenir du pays règnent et gouvernent.

  • " La mère, Mathilde, était déjà levée.
    Elle attisait le feu dont la fumée s'échappait par une ouverture dans le toit. Son ventre était gros de l'enfant à naître. Elle paraissait fatiguée et de lourds cernes noirs donnaient à son visage une expression que Geofroy ne lui avait encore jamais vue. " L'an 1040, quelque part en Bourgogne... Asservis à la rude existence de paysans à la solde des religieux, les Sans Avoir portent bien leur nom. Geofroy, adolescent naïf et rustre, découvre les idées révolutionnaires de son oncle, Helmold le Courbe, qui ose remettre en question l'existence de Dieu.
    Heurté par l'injustice et l'obscurantisme, Geofroy accomplit un périple éprouvant qui deviendra découverte de la vie, apprentissage de la tolérance et remise en question des principes établis. Une vingtaine d'années plus tard, on retrouve les enfants de Geofroy Sans Avoir : Mathilde, jeune femme candide, qui découvre, par le plus grand des hasards, les écrits de son père, voyageur insatiable. Elle aussi s'étonne, s'émeut, se révolte, croit comprendre.
    Grâce à une nonne défroquée et bannie de tous, Mathilde apprendra à refuser l'oppression et l'injustice. Et à accepter l'amour, dans son sens le plus large. Seigneurs, voleurs de grand chemin, saltimbanques, petites gens, bourreaux, moines, nobles désargentés, manants, puissants et humbles... foisonnent dans ce roman picaresque et constituent les faces sombres et lumineuses d'un haut Moyen Age.

  • Troisrives

    " Je me rappelle aussi l'instant où j'ouvrais la fenêtre de ma chambre, où je sentais toute la force tranquille des trois cours d'eau confluant à la proue de la presqu'île, où je me disais que j'habitais le plus bel endroit du monde et que si, dans cet endroit, on avait pu connaître une vie sans crainte, sans contrainte, sans plainte, ç'aurait été le paradis.
    " Marie prend le train, depuis l'Angleterre, pour retrouver Jérôme, son frère, à Troisrives, la maison de famille dont ils viennent d'hériter. Marie profite de ce retour pour mettre de l'ordre dans sa vie. Elle évoque le souvenir de son père autoritaire, de sa mère sacrifiée, de sa soeur, qu'elle n'a réellement découverte que sur le tard, et de son frère, Jérôme, de qui elle fut si proche, avant qu'il ne quitte la Belgique pour les USA...
    Michèle Vilet offre avec Troisrives un texte d'une grande musicalité, au rythme tantôt paisible tantôt haletant. L'évocation des arts et de la nature, face au poids des souvenirs de Marie, de ses secrets et de ses souffrances, crée au sein du roman une sorte d'alchimie. La magie opère, et nous sortons de la lecture de Troisrives avec des images précieuses.

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