Mercure De France

  • Www.antiaction.com est pris d'assaut. Beaucoup de compliments, qu'Arnold a d'abord trouvé outranciers, mais on s'habitue vite. Ces enthousiasmes suivis d'épanchements sont souvent signés d'un prénom féminin accompagné d'une adresse e-mail, mais Monsieur Spitzweg s'est promis de ne pas répondre. Certaines correspondantes comprennent cette attitude : « Ne perdez pas votre temps. Continuez seulement à cueillir le meilleur des jours. » Cueillir le meilleur des jours pour des Stéphanie, des Valérie, des Sophie ou des Leila, voilà qui n'est pas sans flatter l'ego d'Arnold, même s'il cueille davantage encore pour des Huguette ou des Denise.
    Le jour où Arnold Spitzweg crée son blog, une petite révolution est en marche : l'employé de bureau discret jusqu'à l'effacement cède donc à la modernité mais sans renier ses principes. Sur la toile, à contre-courant du discours ambiant prônant l'activité outrancière, il fait l'éloge de la lenteur et décrit l'inclination naturelle à la paresse. Contre toute attente, les écrits intimes d'Arnold Spitzweg résonnent avec force chez des milliers d'internautes : on le félicite, on le sollicite, on parle de lui à la radio... L'homme anonyme fait l'événement. Comment vivra-t-il cette subite notoriété ?


  • léautaud n'est pas un misanthrope par défaut, par échec, rebuffade ou déception.
    il est avant tout amoureux profond et sincère de la solitude.
    léautaud n'a pas besoin de confort, de raffinement technologique. mais il n'a pas non plus besoin des autres. ce qu'il est convenu d'appeler gentillesse, dévouement, n'est pour lui que faiblesse suspecte. ii n'est pas étonnant que ses derniers mots aient été "maintenant, foutez-moi la paix!". philippe delerm a une connaissance approfondie de paul léautaud.
    par petites touches, il aborde tous les aspects de l'homme et de cette oeuvre tour à tour caustique, féroce ou émouvante. un bel hommage rendu à un maître de la littérature.

  • " Les premières fois, Monsieur Spitzweg s'est contenté d'un petit quart d'heure de footing - juste le temps que les poumons lui brûlent.
    [...] Deux cent cinquante mètres de tour, c'était bien assez pour un effort mal réparti qui ne lui procura d'abord aucun plaisir. Mais, au bout de quelques semaines, il apprit à reculer un premier seuil de fatigue, puis se surprit compter le nombre de tours, à les convertir en mètres. Douze tours en quinze minutes, oui cela faisait bien du douze kilomètres à l'heure - rien d'affolant, mais déjà une allure moins dérisoire.
    Le virus était pris. Arnold Spitzweg avait entrepris son combat contre le temps. " Dans cette nouvelle inédite, Philippe Delerm retrouve le personnage qui était déjà au coeur d' Il avait plu tout le dimanche.

  • " "Revoir Paris." Arrivé à la gare du Nord, monsieur Spitzweg se surprend à siffloter la chanson de Trenet.
    Ah oui ! Finalement, c'est surtout pour ça qu'il est parti. Dans la rumeur de sept heures du matin, une grande bouffée de Paris lui monte au coeur, et c'est plus fort que toutes les vagues de la mer du Nord. Il prend un café sur le zinc, dans les annonces des haut-parleurs : "Le T.G.V. 2525 à destination de Bruxelles partira de la voie 8..." Mais on peut bien parler d'ailleurs, Arnold sait désormais qu'il est ici.
    Cette désinvolture du serveur, l'odeur des journaux frais, un je-ne-sais-quoi de parisien dans l'arôme du café... Monsieur Spitzweg reprend sa valise et hume les couloirs du métro comme un jardin d'essences rares. Les carreaux de faïence, la couleur des affiches, tout lui plaît. Dans le wagon qui le ramène à Guy-Môquet, il y a un Noir avec un gros vélo rouillé auquel il manque une pédale. "

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