© 2020 par Librairie Au fil des Mots

Terre brûlée, Paula Vézac




A la mort de sa mère à 61 ans dans l’incendie de son appartement, la narratrice part à la recherche de cette femme qu’elle a finalement peu connue. En prenant le recul nécessaire malgré une impossible objectivité, il s’agit là d’une véritable enquête portée par une écriture douce et poétique. Un premier roman qui se dévore et ne se lâche pas. Que l’on soit touché personnellement ou non par cette histoire, il faut reconnaître à Paula Vézac un talent certain pour la narration d’événements douloureux. Ces sentiments complexes et difficiles à exprimer ressortent par un récit porté aux nues avec brio.

Un livre nécessaire et beau comme on en voit peu, il faut lire cet amour maternel inhabituel et impossible de cette mère toxicomane et absente, ne serait-ce que pour aller embrasser la sienne et mettre de côté les rancœurs parfois trop vieilles. Paula Vézac parvient à réveiller tout ça chez son lecteur et ce n’est pas souvent que l’on voit ça !


« J’aurais voulu raconter le reste des deux journées passées chez elle. Parler du filet à cheveux qui m’avait fait penser à une grosse méduse, et qui m’avait rappelé le qualificatif dont je l’affublais méchamment en silence quand, plus jeune, je l’observais à la dérobée. Parler de sa confidence selon laquelle son père aurait abusé d’elle quand elle avait une dizaine d’années ; cela m’avait stupéfiée mais elle n’avait rien dit de plus. Parler de mon trajet de retour en train durant lequel j’avais eu envie d’écraser le doudou d’une enfant qui jouait dans le couloir du compartiment, tant son innocence et sa légèreté me rendaient mauvaise, envieuse, jalouse.

J’aurais voulu, j’ai essayé, mais je n’ai pas réussi. Parce qu’au cours de ma visite j’avais fait d’elle une photo que j’ai retrouvée sur un disque dur, et qui me laissait le cœur à vif. Sur l’image, elle n’avait rien de la petite vieille que j’avais vue, ou que j’avais boulu voir, sur le quai de la gare. Toute coquette dans son chemisier blanc, elle avait un tel bonheur dans les yeux, un tel bonheur d’être avec moi, que regarder le cliché me faisait pleurer, gémir, suffoquer de chagrin et de douleur, tant et tant que l’air venait à me manquer. Cette photographie, que j’avais dû juger réussie pour l’avoir conservée, révélait tout l’arbitraire et la partialité de ma mémoire, et se muait en une insoutenable accusation. » - p.128


Terre brûlée, Paula Vézac, est publié aux éditions du Rouergue. 18.80 euros.


Paula Vézac sera présente à la librairie pour une rencontre dédicace suivie d'un apéritif le jeudi 5 mars à 18h30 !

Entrée libre et gratuite.





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